Traumatisme intergénérationnel : comprendre les impacts familiaux et individuels

14 janvier 2026

Un chiffre brut, sans fard : plus de 70 % des enfants de survivants d’événements extrêmes montrent des signes de troubles anxieux, quand bien même ils n’ont jamais vécu l’horreur de leurs parents. Voilà une réalité qui bouscule l’idée d’une page tournée avec le temps.

Un traumatisme qui frappe une génération n’en finit pas là : il façonne aussi la suivante. Certains gènes changent d’expression, tandis que l’ADN, lui, reste intact. Ce constat se précise au fil des recherches : les enfants et petits-enfants de personnes confrontées à des drames majeurs sont plus à risque de souffrir d’anxiété ou de dépression, même s’ils n’ont jamais vécu directement l’événement initial.

Cette transmission s’inscrit dans la vie de famille, dans les réflexes éducatifs, dans la façon dont on gère la tempête émotionnelle au quotidien. La souffrance psychique déborde de l’individu, gagne le groupe familial, et infuse un climat particulier qui se prolonge, génération après génération.

Traumatismes intergénérationnels : une réalité souvent méconnue

Le traumatisme intergénérationnel n’a rien d’un concept abstrait. Il s’invite au sein du foyer, fissurant le quotidien des familles. Les séquelles de guerres, d’exils, ou de violences continuent à peser sur les descendants, très longtemps après la disparition des témoins directs. Par le silence, par le geste ou l’évitement, ce fardeau se transmet à bas bruit : il ressurgit dans certains symptômes inexpliqués, des peurs fines à caractériser, ou des comportements qui semblent rejouer le passé à l’identique.

Des travaux comme ceux de Rachel Yehuda montrent que les enfants de survivants de la Shoah présentent des modifications concrètes dans l’expression des gènes liés au stress. Ce legs biologique s’ajoute au poids transmis via la psyché, étudié par des penseurs comme Anne Ancelin Schützenberger ou Boris Cyrulnik. Leur constat : le traumatisme familial s’inscrit dans les histoires racontées (ou tues), dans la manière d’aimer ou de craindre, de se taire ou de parler trop fort.

Les conséquences du traumatisme intergénérationnel prennent plusieurs visages :

  • Sur le plan familial, elles bouleversent la communication, créent des non-dits ou installent la distance là où il devrait y avoir confiance et transmission.
  • Chez l’individu, elles se manifestent par une hypervigilance, des accès de peur inexpliqués, ou le sentiment d’être indéfiniment vulnérable face à la vie.

Bruno Clavier, clinicien expérimenté, met en lumière comment les traumatismes transgénérationnels s’insinuent par des répétitions inconscientes d’un membre à l’autre. La transmission familiale, par la parole ou le silence, entretient ou allège ce fardeau invisible. Repérer ces dynamiques permet d’aborder la souffrance d’une lignée avec plus de discernement et d’ouverture.

Comment les blessures du passé se transmettent-elles au sein des familles ?

Tout ne passe pas par les mots. Dans la famille, chaque silence, chaque crispation ou gêne soudaine contribue à modeler une ambiance émotionnelle particulière. Un parent marqué à son insu par une histoire douloureuse influence, inconsciemment, la trajectoire émotionnelle de ses enfants. Parfois, la blessure se transmet dans la banalité des gestes, dans l’évitement de certains sujets, ou dans la façon de réagir face à l’inattendu.

Certains schémas deviennent alors automatiques, intégrés sans même passer par la conscience. Des chercheuses comme Anne Ancelin Schützenberger ont souligné l’importance des deuils non faits ou des secrets de famille, qui redessinent insidieusement les comportements de la descendance. Par imitation aussi, via les neurones miroirs, l’enfant absorbe l’état émotionnel, les craintes ou les rigidités de ses proches, les refait siennes sans vraiment en connaître la cause.

Mécanismes de transmission Exemples concrets
Non-dits et tabous L’ombre d’un événement dont personne ne parle, mais qui influence chaque décision familiale
Rituels et habitudes Des comportements méfiants ou rétractés repris naturellement, sans jamais évoquer leur origine

Au-delà de la psychologie, la marque du traumatisme familial existe aussi dans le corps. Rachel Yehuda a mis en évidence la façon dont les grandes catastrophes laissent un signal biologique : une modification de l’expression génétique se transmet subtilement d’une génération à l’autre. Ce type de trace, bien que silencieux, influence profondément la manière dont une famille vit et dont chaque membre se situe dans le groupe.

Des conséquences tangibles sur l’équilibre psychologique individuel et collectif

Nos fragilités psychiques s’enracinent souvent dans des histoires qui nous précèdent. Qu’on soit enfant, adolescent ou adulte, on porte parfois, sans le savoir, le poids d’un passé qui ne nous appartient pas vraiment. Soudain, l’anxiété surgit sans cause apparente, la peur du danger flotte en arrière-plan, et la capacité à se construire une stabilité semble compromise.

Rachel Yehuda a montré que la methylation de l’ADN peut être modifiée chez les descendants de personnes victimes de catastrophes majeures. Par exemple, un taux de cortisol anormalement élevé a été observé dans certaines familles, reflet biologique d’un stress refoulé par l’histoire. Ce n’est donc pas seulement dans la mémoire, mais dans le corps, que s’inscrivent les stigmates des traumatismes familiaux.

Pour illustrer la diversité des effets, voici quelques situations observées :

  • Une augmentation notable de l’anxiété ou des troubles dépressifs chez les nouvelles générations
  • Des difficultés persistantes à rebondir après une épreuve, la résilience s’effritant avec le temps
  • La tentation, consciente ou non, de reproduire des scénarios douloureux, même quand tout pousse à vouloir s’en affranchir

Des spécialistes comme Bruno Clavier et Boris Cyrulnik le rappellent : la souffrance qui demeure tue, silencieuse, finit par déborder sur toute la structure familiale. Le groupe se referme sur lui-même, la méfiance s’installe, les liens se distendent. Ainsi, le passé continue d’agir, souvent à l’ombre des secrets et des silences consécutifs aux blessures psychiques d’autrefois.

Homme seul assis à la table de cuisine contemplatif

Ressources et pistes pour se libérer du poids des héritages familiaux

Face à ce poids, la thérapie transgénérationnelle propose une voie de dénouement. S’appuyant sur les travaux d’Anne Ancelin Schützenberger et de Bruno Clavier, elle enquête sur les récits tus, fait ressurgir l’inconscient familial, et redonne du sens à ce qui semblait insoluble. Prendre le temps de revenir sur le passé collectif, mettre des mots là où le silence a tout recouvert, c’est déjà commencer à démêler l’emprise du traumatisme.

Dans les séances de thérapie, l’accompagnement mobilise plusieurs méthodes : la psychothérapie individuelle, les groupes de parole, l’EMDR (qui travaille sur la désensibilisation et le retraitement des événements douloureux via les mouvements oculaires), la TCC. On avance, petit à petit, en questionnant ce qui se répète, en cherchant à comprendre l’origine de certaines peurs, et en s’autorisant à changer de perspective sur sa propre histoire familiale.

Pour avancer dans cette démarche, plusieurs pistes se dégagent :

  • Repérer les schémas familiaux qui semblent se rejouer de génération en génération et tenter, enfin, de les briser
  • Donner un nom à la souffrance pour lui ôter son pouvoir caché
  • Retrouver la mémoire collective et la relier à chaque parcours individuel afin de sortir de la reproduction inconsciente

Les découvertes sur l’influence de l’épigénétique et du vécu psychique nourrissent aujourd’hui un véritable espoir. Quand la parole circule, quand les récits prennent place, la répétition perd de sa force. Si chacun s’autorise à interroger les héritages familiaux, alors une autre histoire commence à s’écrire, et cela change tout pour la suite, génération après génération.

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